Les 5 étapes du processus émotionnel

May 6, 2016

 

 

Le processus émotionnel a largement été décrit et étudié. Dans la littérature contemporaine, l’émotion est conçue comme un ensemble de facettes et de composants en interaction. Tous les auteurs ne s’accordent pas sur le contenu exact de ces facettes ou composants. Dès lors, il nous semble pertinent de faire appel au modèle intégratif proposé par Planalp (1999). D’après ce modèle, le processus émotionnel peut être décrit en cinq étapes suivant le décours temporel prototypique des phénomènes émotionnels.

 

 

La première étape est la survenue d’un événement qui déclenche l’émotion. Une situation présentant un stimulus émotionnel apparaît et fait naître une émotion. Par exemple, vous ressentez de la joie en vous remémorant le dernier Noël passé en famille, ou, au contraire vous êtes triste en apprenant que votre patron ne vous accorde pas les jours de congé que vous aviez demandés. Comme le montrent ces exemples, la nature de cet événement peut être interne (souvenir, sensation corporelle, …) ou externe (bonne ou mauvaise nouvelle, …)

 

En second lieu, on trouve l’évaluation émotionnelle de cet événement (appraisal). Cette étape est une condition nécessaire au processus émotionnel, car elle confère à l’événement une signification particulière. En outre, cette étape nous permet de comprendre pourquoi deux individus ont une réaction émotionnelle différente face à un même stimulus : les deux individus n’attribuent pas la même signification à l’événement. Ainsi, une personne aura peur à la vue d’une araignée tandis qu’une autre considérera cet événement comme anodin.

 

La troisième étape est caractérisée par les changements au niveau du système nerveux autonome produits par l’émotion : on peut alors observer des variations physiologiques au niveau du rythme cardiaque, de la tension artérielle, de la respiration, de la sudation,  de la dilation des pupilles, du rougissement, des tremblements, des réactions hormonales, de la tension musculaire, etc.   Cependant, cette étape ne semble pas être obligatoire : les changements physiologiques n’apparaissent pas de manière équivalente ni chez tous les individus ni dans toutes les situations. Il ne serait donc pas possible de relier un pattern d’activation physiologique type à une émotion spécifique. 

 

La quatrième étape peut être subdivisée en trois dimensions. En premier lieu se déroulent les tendances à l’action qui désignent les dispositions internes à accomplir certaines actions ou certains changements relationnels avec l’environnement. En d’autres termes, lorsqu’une signification émotionnelle est activée, l’organisme mobilise toutes les ressources dont il dispose et se prépare à fuir, se cacher, aller à la rencontre, s’éloigner, etc.  Dans un second temps, la tendance à l’action, si elle est suffisamment activée, va se concrétiser en déclenchant un ensemble de réponses émotionnelles. Ces réponses peuvent aussi bien être de nature physiologique, expressive (expression faciale), comportementale (posture, prosodie) que cognitive (changements attentionnels, biais de mémoire). Enfin, va naître un sentiment subjectif : une coloration de l’expérience s’opère, l’individu réalise qu’il est dans un état différent, il prend conscience des dimensions précédentes . Ce sentiment subjectif pourrait se définir dans la différence entre « avoir » une émotion et « ressentir » une émotion, c’est-à-dire ce qui confère à l’individu son vécu émotionnel.

 

La cinquième et dernière étape est celle de la régulation émotionnelle qui se définit comme «un processus grâce auquel les individus ont la possibilité d’influencer la nature de leurs émotions, le moment et la façon dont ils en font l’expérience et l’expriment». Ainsi, les individus ont la possibilité de réduire leurs émotions et leurs conséquences quand elles sont néfastes ou, au contraire, de les amplifier s’ils elles sont agréables. Bien que ce processus de régulation puisse être conscient, il semble que, dans la plupart des cas, il soit inconscient et automatique. Notons également que la régulation qui clôt le processus émotionnel peut s’effectuer sur toutes les étapes précédentes et que l’on peut distinguer deux types de régulation émotionnelle au niveau intra-individuel. 

 

Ainsi, le processus émotionnel vise à réguler les interactions entre l’individu et son environnement. Dans cette perspective, il est considéré comme un phénomène temporaire et de courte durée qui s’estompe une fois que l’individu a recouvré son équilibre antérieur. Toutefois, ce modèle peut être critiqué pour deux raisons principales.

 

Premièrement, ce modèle  ne prend en compte que les mécanismes intra-individuels de régulation des émotions. Or, depuis quelques années, nous assistons à  l’émergence d’un intérêt tout particulier envers les mécanismes interpersonnels. Cet intérêt grandissant a permis de mettre en exergue l’articulation des processus intra-individuels et interpersonnels au sein de la régulation émotionnelle. Cette articulation se marque par le fait que lorsqu’un individu partage socialement ses émotions, des stratégies de régulation interpersonnelle se mettent en place. On peut, par exemple, citer des stratégies telles que la recherche de distraction, de soutien social, de comparaison sociale et de validation sociale. Ces stratégies interpersonnelles influencent ensuite les stratégies intra-individuelles telles que la recherche de solutions, la réévaluation de la situation, l’évitement, etc. En outre, ces stratégies intra-individuelles peuvent à leur tour influencer les stratégies interpersonnelles de l’individu. Ceci nous laisse penser que le partage social des émotions est au cœur du processus émotionnel et a un rôle à jouer au sein des mécanismes de régulation émotionnelle. 

 

Deuxièmement, il s’agit d’une vision à court terme où l’émotion prend fin en même temps que le processus émotionnel. Or, il a été démontré que les événements de la vie quotidienne, à l’instar des événements traumatiques, ont des conséquences cognitives, émotionnelles et sociales à long terme sur l’individu. Ceci suggère que «l’impact de l’émotion ne disparaît pas avec l’émotion». En effet, si vous êtes victime d'un accident de la route, il y a de forte chance que vous ressentiez de la peur. Or, cette peur en tant qu'émotion s'estompe assez rapidement après les faits. Par contre, l'impact de cette émotion peut se faire ressentir pendant des jours, des mois voire des années. Il se peut, par exemple, que vous n'osiez plus prendre le volant ou que vous soyez crispé lorsque vous repasser à l'endroit de l'accident. 

 

En conclusion, nous pouvons dire que le processus émotionnel est un phénomène complexe qui mérite toute notre attention et qui devrait encore être le sujet de nombreuses études afin de percer tous les mystères qui l'accompagnent. 

 

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